L’ENFANTALITE

Nous naissons grâce à nos parents. Nous mangeons, nous sommes éduqués, lavés, torchés, câlinés, morvés, etc. puis un jour, nous nous retrouvons adultes. Je parle des adultes que nous sommes aujourd’hui, avec les valeurs que nous semblons avoir prises ou rejetées de notre schéma familial.
C’est une étrange sensation : TOUT ROULE.

Je prends exemple dans cet article d’une famille où, justement, nous sommes des enfants devenus adultes. Les parents sont à quelques pas de la retraite ou l’entame à peine : leurs enfants sont grands et travaillent déjà depuis longtemps, ils sont en bonne santé et certains ont déjà leurs propres enfants. Les soucis d’éducation, du BAC, tout ça, c’est donc si loin…
Tant d’années d’amour. Ils ont tout donné.
Tout roule.

Plus d’engueulades, tout roule, plus de punitions, tout roule .
Alors nous cherchons à notre tour à les protéger, à penser à leur santé, leur moral, leur vitalité, et même, à leur autonomie ! STOP !
Nous cherchons déjà à les coller en maison de retraite ou sous surveillance assistée dans leur propre maison où « tout roule » et d’où nous nous sommes enfin barrés (car oui, notre merdier dans le grenier, ça compte aussi !).

Je me rends compte, avec le temps et mon approche de la population humaine, que nous ne sommes absolument pas « comme prévu ».
Nos parents nous apprennent à grandir, à avoir des responsabilités, des engagements, etc. Et, au moment d’appliquer cet apprentissage envers eux, nous nous retrouvons bloqués.

Qu’attendent des parents de nous ?
Pourquoi se donnent t’ils autant de mal ?
Que peut on leur offrir en retour ?

Je me souviens d’un dur labeur, de plusieurs années difficiles de travail, d’inquiétude sur le manque d’argent et, cruellement, du manque de temps.
Je me souviens des va-et-vient, très tôt le matin et très tard le soir, des années chez Nounou, de la fatigue et de l’irritabilité de mes jeunes et courageux parents.

En fait, je ne m’en souviens plus très bien. Moi, je jouais.

Je jouais dans un tas de sable à l’entrée de de la maison et eux, tiraient des câbles électriques. J’inventais des missions spéléologiques dans le vide sanitaire et eux, coulaient du béton au premier étage. Je jouais à la marelle dans les treillis soudés pendant que mon père assemblait le ferraillage. Je devenais funambule d’un grand cirque sur la toiture pendant que …
Nan, là je me faisais carrément pourrir : « Bonnie ! Bordel ! Descends ! On en a marre que tu grimpes partout ! ».
Tellement d’amour au milieu de tout ça.

Depuis trois ans, je vis dans la petite maison à côté d’eux.
Il y à trois ans, tout roulait à merveille !
En trois ans, deux incendies criminels ont emporté une partie de leur maison et de leurs cœurs, deux fois ! Tout roulait, bordel !
Puis, vint le temps des prises de conscience et de la peur se perdre.
Il fallait reconstruire et surtout se construire autrement.
Trois ans que la maison est en travaux. Je ne vais quand même pas leur parler de leur autonomie maintenant !
Je reste convaincue d’avoir mal profité des années de « roue libre ». De ne pas avoir pris plus de temps pour parler, pour se voir et pour rire sans qu’aucun déluge n’assombrisse le tableau.

Depuis, j’ai eu l’occasion de poser franchement la question à eux, mes parents :
« que puis-je vous apporter en retour ? »
– Nous, on veut juste que tu sois heureuses.

1000 fois l’avais-je entendue. 999 fois ne l’avais-je pas comprise.

À l’aube d’être peut être un jour moi-même confronté à cette éventualité (la parentalité), je me suis rendue compte que cette phrase était ce qu’il y avait de plus beau à entendre.
Cette phrase tambourine en moi comme un challenge que je vais et je dois relever haut la main : être heureuse !
Aujourd’hui, la vie à trouvé un équilibre, tout roule quand même.
Dans quelque temps, j’aménagerai dans la grande maison, toujours à côté… car vous savez quoi… c’est mon Papa, jeune, qui les a construites entre deux marelles…

Tout comme la parentalité, l’enfantalité est pour moi une partie entière de la vie et pourtant le mot n’existe pas, aucun statut n’est là pour nous, les enfants adultes.

Je considère que nous avons une responsabilité envers nos parents et, hormis certains cas particuliers de querelles dont les sujets peuvent parfois mener au pire, je suis certaine que la solution de proximité est la solution la plus avantageuse, d’être à l’écoute et non dans un schéma de protection incohérent avec leur vie et leurs envies actuelles.
Nous sommes pourtant bien là, nous leur devons ce bonheur et le protéger.

Je ne prétends pas détenir une méthode d’éducation parentale miraculeuse, mais je vous conseille de profiter des moments de « roue libre » pour parler de votre enfantalité envers eux. Je ne vous encourage pas à vous rabibocher avec votre belle-mère, ce serait dommage, mais tenter plutôt la bienveillance.

N’hésitez pas à me donner vos impressions, vos avis et pourquoi pas vos expériences sur l’enfantalité.

Bonne journée les enfants.

Processed with MOLDIV

2 réflexions sur “L’ENFANTALITE

  1. Laly dit :

    Mon Dieu Ma Bonnie/Mallau tu m’as mis la larme à l’oeil, moi qui ait des enfants de ton age, parce que c’est ça : « voir heureux » nos enfants avant de penser à nous même. A l’heure où nous même on se dirige vers la dernière tranche de notre vie, à l’heure où notre espoir le plus grand est encore d’être là pour voir un peu grandir nos petites filles et connaitre les futurs enfants des deux autres Boy’s (si ils en font), à l’heure où nous réinvestissons dans l’immobilier pour qu’à notre départ il reste du patrimoine à monnayer et non pas que de notre vivant avec les évènements qui se passent, les liquidités s’envolent en fumée si il y a un effondrement de l’€uro, on sent que nos belles années sont dernière nous même si nous n’avons plus les souçis et tracas de jeunes parents, de courir après la vie sans la rattraper, d’être « installés » dans une vie confortable, c’est ça vieillir…..C’est encore et toujours prendre soin de ne pas géner ses enfants aussi, avaler des couleuvres pour ne pas se désunir, passer des nuits blanches quand ils sont au fond du trou parce qu’on est « encore là », parce que même avec des enfants adultes responsables et parents, on reste encore des parents et le fait que tu penses à ce que « l’enfant » peut apporter à ses parents vieillissant c’est beau, ça montre la reconnaissance que tu portes à tes parents. Je t’embrasse fort, ne changes rien, tu es une belle âme !!

    Aimé par 1 personne

  2. clairegeoffrey dit :

    Comme je te reconnais dans cet article ma Bonnie…Tant de générosité, tant de bienveillance pour les personnes que tu portes dans ton coeur. Tu as une famille formidable et tu le leur rends bien. Je pense vraiment qu’il savent la chance de t’avoir auprès d’eux! Tu es décidément une belle âme!!!

    Mais qu’en est-il dans les familles où justement tout ne roule pas et cela depuis le commencement?
    Quand les parents n’ont jamais pu faire ce don de soi dont tu parles?
    Quand ils n’ont pas su donner assez de leur temps, …pas assez engueulé, pas assez puni, pas assez appris, pas assez aidé, aimé…
    Quand leur propre bonheur est toujours passé avant celui de leurs enfants?
    Comment envisager l’enfantilité?

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s